Devrait-on lever le pied avec l'IA?

Flux de travail d'IA

Qu’est-ce qui arrive quand on met un frein à l’IA?

La discussion entourant l'IA est en train de changer : on ne se demande plus à quelle vitesse on peut la développer, mais jusqu'à quel point on devrait la laisser transformer le monde. Alors que les appels à resserrer les règles et à ralentir la cadence se multiplient, on commence aussi à se demander qui profite réellement du fait qu'on appuie sur le frein.

Ralentir quoi, au juste?

Au cours de la dernière année, l'IA est passée de « Hey, check ben ce que cette patente-là peut faire! » à « Bon… faudrait peut-être mettre des garde-fous là-dessus. » On est passés de demander nonchalamment à un agent d'IA de réécrire un courriel à la regarder coder, créer des prototypes au complet, analyser des montagnes de données et prendre de plus en plus de décisions à notre place. Naturellement, le réflexe a été : faudrait peut-être lever le pied un peu.

Et honnêtement, je comprends tout à fait. L'IA soulève des inquiétudes bien réelles. Consommation d'énergie, désinformation, vie privée, cybersécurité, systèmes autonomes, et la fameuse question : qu'est-ce qui va se passer quand ces machines-là vont devenir infiniment plus performantes qu'aujourd'hui? Mais en tant que designer de produit, « ralentir l'IA », ça ressemble pas mal à dire à une équipe produit : « Rendez l'appli plus sécuritaire. » Parfait. Mais quelle partie? Pour qui? Et qu'est-ce qu'on essaie d'éviter, exactement?

L'IA n'est plus vraiment un simple produit. C'est en train de devenir une infrastructure. C'est utilisé par des étudiants, des designers, des développeurs, des chercheurs, des PME et des personnes qui n'avaient pas les moyens d'accéder à certaines expertises auparavant. Pour certains, l'IA ne sert pas à couper des postes ou à bâtir la prochaine licorne à plusieurs milliards. C'est juste un raccourci pour faire quelque chose qu'ils ne pouvaient pas faire facilement avant. Ralentir la technologie, ça n'impacte pas tout le monde de la même façon.

Et puis il y a le sujet qui dérange : le pouvoir.

Développer des modèles d'IA de pointe demande des quantités absurdes de puissance de calcul, d'énergie, de cash et de talents ultra-spécialisés. Les entreprises qui opèrent déjà à cette échelle sont aussi les mieux équipées pour absorber de nouvelles réglementations, engager des armées d'avocats et de spécialistes de la conformité, et continuer à dépenser des milliards pendant que le reste du monde essaie de suivre. Une nouvelle règle peut n'être qu'un simple dos d'âne pour un géant de la tech, mais un mur de brique pour une PME, un chercheur ou un développeur indépendant.

Alors, en essayant de rendre l'IA plus sécuritaire, est-ce qu'on ne risque pas, sans le vouloir, de compliquer la vie de tout le monde sauf de ceux qui sont déjà assis sur des montagnes d'or?

La sécurité ne devrait pas devenir une exclusivité

C'est là que le design de produit peut, selon moi, apporter une perspective intéressante au débat. Le bon design vise rarement à maximiser une seule chose à l'extrême. On ne se contente pas de rendre un produit plus rapide, plus sûr ou plus puissant avant de passer à autre chose. On détermine où la friction a sa place. Des fois, on ajoute une étape de confirmation. Des fois, on en enlève cinq qui ne servaient à rien. Des fois, on donne plus de contrôle aux utilisateurs. D'autres fois, on rend délibérément une tâche plus difficile parce que les enjeux en valent la chandelle.

L'IA mériterait probablement la même approche.

Au lieu de se demander si on doit la ralentir, on devrait plutôt se demander ce qu'il faut ralentir. Les aspects énergivores. Les capacités autonomes à haut risque. Les systèmes qui prennent des décisions critiques. Les entreprises qui déploient des technologies ultra-puissantes sans faire preuve de transparence. Ça, oui, ça mérite un examen sérieux.

Mais qu'en est-il du designer qui utilise l'IA pour prototyper une idée en un après-midi? Du développeur qui bâtit un projet qui aurait pris six mois à une petite équipe? De l'étudiant qui a soudainement accès à un tuteur personnalisé? Du propriétaire de PME qui peut enfin automatiser une tâche qu'il n'avait pas les moyens d'automatiser avant?

On se retrouve devant un drôle de scénario. L'IA pourrait soit consolider les structures de pouvoir actuelles, soit commencer à y faire des brèches. Elle pourrait démocratiser le savoir, la créativité et l'expertise auprès d'un bassin de monde bien plus large, ou devenir une autre méga-infrastructure contrôlée par une poignée d'entreprises et une poignée de milliardaires.

Et c'est cette facette-là qui m'intéresse bien plus que l'éternel débat binaire « l'IA, c'est bon ou c'est mauvais ».

Le but n'est peut-être pas de faire avancer l'IA moins vite.

Le but, c'est peut-être de s'assurer qu'un maximum de monde puisse suivre la cadence.

Parce que si on est pour redessiner la façon dont fonctionne la société, j'aimerais autant ne pas réaliser dans cinq ans qu'on a conçu l'avenir sur mesure pour ceux à qui il appartenait déjà.

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